Comprendre ses coûts

Les 9 charges que les artisans oublient dans leur prix

7 min de lecture · Mis à jour en septembre 2026

En résumé

Neuf postes reviennent systématiquement dans les calculs incomplets. Mis bout à bout sur l'exemple d'un artisan seul, ils représentent 13 100 € par an — soit 66 € par jour facturable, ou 9,45 € de l'heure.

Un artisan qui les oublie tous calcule un coût de revient de 237 € par jour au lieu de 303 €. Il croit dégager de la marge alors qu'il travaille à perte, et l'écart ne se voit qu'au bilan, un an plus tard.

Pourquoi ces postes disparaissent

Ils ont trois caractéristiques communes.

Ils ne sortent pas tous les mois, donc on ne les voit pas passer. Ils ne sont attachés à aucun chantier précis, donc on ne sait pas où les mettre. Et ils paraissent petits pris isolément — 500 € par-ci, 900 € par-là — alors que leur cumul dépasse souvent 20 % des charges totales.

Les 9 postes

1. L'amortissement de l'outillage — environ 1 800 €/an

L'oubli le plus fréquent. Une machine achetée 2 200 € n'est pas une dépense de l'année de l'achat : c'est une charge annuelle pendant toute sa durée de vie.

Comment le chiffrer. Listez vos outils au-dessus de 300 €, divisez chacun par sa durée de vie réelle — pas la durée fiscale, celle que vous constatez. Additionnez.

Une sertisseuse à 2 200 € sur 5 ans, c'est 440 € par an. Tous les ans.

2. Le véhicule hors carburant — environ 4 200 €/an

Presque tout le monde compte le carburant. Presque personne ne compte le reste : financement ou amortissement, assurance, entretien, pneus, contrôle technique, réparations.

Comment le chiffrer. Reprenez votre bilan et isolez tout ce qui touche au véhicule, carburant exclu. Le total surprend.

3. Les assurances professionnelles — environ 2 400 €/an

Décennale et responsabilité civile pro. Elles se paient souvent en une fois, parfois par prélèvement annuel, ce qui les rend invisibles dans le raisonnement mensuel.

C'est aussi le poste le plus variable d'un métier à l'autre : la décennale d'un maçon ou d'un charpentier coûte nettement plus cher que celle d'un peintre, parce que le risque n'est pas comparable.

4. L'expert-comptable — environ 1 500 €/an

Bilan, liasse fiscale, déclarations, parfois la paie. Une charge fixe, prévisible, et pourtant rarement intégrée au coût horaire.

5. La formation et les cotisations — environ 900 €/an

FAFCEA, chambre de métiers, organisation professionnelle, formations obligatoires ou de mise à niveau. Ajoutez-y les journées de formation elles-mêmes, qui sont du temps non facturable — mais comptez-les dans vos jours, pas ici, pour ne pas les compter deux fois.

6. Les logiciels et frais bancaires — environ 720 €/an

Logiciel de devis, stockage en ligne, hébergement du site, tenue de compte professionnel, terminal de paiement. Des prélèvements de 15 à 40 € qui passent inaperçus mais forment un total réel.

7. Les EPI et vêtements de travail — environ 500 €/an

Chaussures de sécurité, casques, gants, lunettes, tenues, protections auditives. Ça s'use, ça se remplace, et personne ne le met dans son prix.

8. Le téléphone et les forfaits — environ 480 €/an

Forfait mobile professionnel, éventuellement une seconde ligne, parfois un abonnement internet dédié.

9. Les consommables non refacturés — environ 600 €/an

Visserie, silicone, adhésif, disques, mèches, sacs, bâches, produits de nettoyage. Trop petit pour être facturé au client, trop régulier pour être négligeable.

Le total

Poste Montant annuel
Amortissement outillage 1 800 €
Véhicule hors carburant 4 200 €
Assurances professionnelles 2 400 €
Expert-comptable 1 500 €
Formation et cotisations 900 €
Logiciels et frais bancaires 720 €
EPI et vêtements 500 €
Téléphone 480 €
Consommables non refacturés 600 €
Total 13 100 €

Rapporté à 198 jours facturables, cela représente 66,16 € par jour et 9,45 € de l'heure.

Autrement dit : un artisan qui oublie ces neuf postes et facture 45 € de l'heure en pensant dégager une marge confortable est en réalité 9,45 € en dessous de son coût réel. Sur une année, l'écart se chiffre à 13 100 € — exactement le montant qu'il n'a jamais compté.

Trois postes qui ne sont pas dans cette liste

Ils sont tout aussi oubliés, mais ils se traitent ailleurs pour ne pas être comptés deux fois.

Les congés. Ils ne coûtent pas en charges supplémentaires, ils coûtent en jours non produits. Ils sont déjà retirés des 228 jours ouvrés.

Les trajets et l'administratif. Même logique : ce sont des jours non facturables, pas des charges. Ils se déduisent du nombre de jours, pas du montant.

Les devis non transformés. Idem — du temps perdu, pas de l'argent dépensé.

Cette distinction est essentielle. Une charge se compte en euros au numérateur, un temps perdu se compte en jours au dénominateur. Les mélanger revient à doubler leur effet.

Comment ne plus rien oublier

Partez de votre bilan, pas de votre mémoire. Vos charges y sont déjà classées par poste. C'est la source la plus fiable, et la plus rapide.

Si vous n'avez pas encore de bilan, parce que vous démarrez, prenez douze mois de relevés bancaires. C'est plus long, mais ça marche.

Cherchez les prélèvements annuels et trimestriels. Ce sont eux qui échappent au raisonnement mensuel. Un balayage du mois de janvier et du mois de septembre en révèle la plupart.

Faites l'inventaire de votre camion. Chaque outil au-dessus de 300 €, son prix et son âge. C'est la manière la plus rapide de reconstituer l'amortissement.

Refaites l'exercice chaque année. Les charges bougent, les assurances augmentent, un outil s'ajoute.

Questions fréquentes

Faut-il compter un outil déjà amorti ?

S'il est encore en service et qu'il devra être remplacé, oui. Ce qui compte n'est pas l'amortissement comptable mais le remplacement futur.

Et si j'utilise mon véhicule personnel ?

La part professionnelle est une charge, même sans facture au nom de l'entreprise. Estimez le pourcentage d'usage professionnel et appliquez-le à l'ensemble des coûts du véhicule.

Mon local est chez moi, dois-je compter quelque chose ?

Si un garage ou une pièce sert exclusivement à l'activité, une quote-part de charges se justifie. À valider avec votre comptable, les règles fiscales sont précises sur ce point.

Ces montants sont-ils valables pour tous les métiers ?

Non, et l'écart est important. L'outillage d'un électricien n'a rien à voir avec celui d'un maçon, ni les assurances d'un couvreur avec celles d'un peintre. Ces chiffres sont des repères, pas une référence.

La grille de charges annuelles

Un tableur à remplir : vos charges, vos jours, votre coût de revient calculé automatiquement. Sans inscription.

Télécharger

Pour aller plus loin

Références

Les montants utilisés en exemple sont ceux d'une entreprise type, construits pour la démonstration.

KelKou calcule votre coût de revient à partir de vos propres chiffres. En savoir plus