Comprendre ses coûts

Comment calculer son taux horaire quand on est artisan

9 min de lecture · Mis à jour en septembre 2026

En résumé

Votre prix ne se devine pas et ne se copie pas sur le voisin. Il se construit à partir de deux chiffres.

Le coût journalier de fonctionnement : vos charges annuelles divisées par vos jours ouvrés. Sur l'exemple détaillé plus bas, 60 000 € pour 228 jours donnent 263 € par jour. C'est ce que votre entreprise dépense chaque jour ouvré, que vous soyez sur un chantier ou non.

Le coût journalier facturable : les mêmes charges divisées par les seuls jours que vous facturez réellement. Avec 30 jours par an consacrés aux devis, aux trajets et aux imprévus, il reste 198 jours facturables, soit 303 € par jour — 43,29 € de l'heure sur une base de 7 heures. C'est votre point mort : en dessous, chaque journée travaillée vous appauvrit.

Le problème

La plupart des artisans installés à leur compte fixent leur prix de trois façons : au prix de leur ancien patron, au prix du concurrent d'à côté, ou au prix que le client semble prêt à accepter.

Aucune des trois ne repose sur leurs charges réelles. C'est pour cela qu'on voit des entreprises pleines de chantiers finir l'année sans trésorerie : elles travaillent beaucoup, mais chaque heure travaillée creuse un écart qu'aucun volume ne comblera.

Calculer son taux horaire, c'est répondre à une question simple : combien mon entreprise dépense-t-elle chaque jour, et combien de jours ai-je pour le récupérer ?

La méthode en 5 étapes

Étape 1 — Additionner toutes vos charges annuelles

L'erreur la plus fréquente est d'oublier des postes. Voici la liste à passer en revue, pour un artisan seul :

PosteCe qu'il faut compter
Rémunération et charges socialesCe que vous vous versez, cotisations comprises
VéhiculeLeasing ou amortissement, carburant, assurance, entretien, pneus
Assurances professionnellesDécennale, responsabilité civile pro
Local ou atelierLoyer, électricité, chauffage, taxes
OutillagePrix d'achat divisé par la durée de vie réelle
Frais de structureTéléphone, logiciels, expert-comptable, banque
DiversFormation, cotisations professionnelles, vêtements, EPI

Le piège de l'outillage. Une sertisseuse à 2 200 € utilisée cinq ans, ce n'est pas 2 200 € l'année de l'achat et zéro ensuite. C'est 440 € par an, tous les ans. Faites la même chose pour chaque outil au-dessus de quelques centaines d'euros.

Le piège du véhicule. Beaucoup ne comptent que le carburant. Un utilitaire complet — financement, assurance, entretien, carburant — se situe couramment entre 5 000 et 8 000 € par an. C'est souvent le deuxième poste de charges après la rémunération.

Étape 2 — Calculer votre coût journalier de fonctionnement

Charges annuelles ÷ Jours ouvrés

Un artisan dispose d'environ 228 jours ouvrés par an : 365 jours, moins les week-ends, les jours fériés et cinq semaines de congés.

Ce premier chiffre ne sert pas encore à fixer un prix. Il répond à une autre question, tout aussi importante : combien me coûte une journée où je ne produis pas ?

Sur l'exemple ci-dessous, c'est 263 € par jour. Une semaine de vacances coûte 1 316 €. Quinze jours d'arrêt en coûtent 3 947. Ces montants sortent de la caisse que vous ayez facturé ou non.

C'est le chiffre à connaître par cœur, parce qu'il transforme chaque décision — accepter un chantier, prendre un jour, laisser traîner un devis — en montant concret.

Étape 3 — Déduire vos jours non facturables

Tous vos jours ouvrés ne se facturent pas. Il faut retirer :

  • les journées d'administratif : devis, factures, relances, comptabilité ;
  • les trajets longs et les déplacements non facturés ;
  • les intempéries, les imprévus, les retours SAV gratuits.
Attention

Ne retirez pas vos congés : ils sont déjà exclus des 228 jours ouvrés. Les compter deux fois est l'erreur classique.

L'ampleur de cette déduction dépend entièrement de votre métier et de votre mode de travail. Ne reprenez pas un pourcentage tout fait : comptez vos propres jours.

PosteVos jours
Administratif, devis, facturation___
Trajets non facturés___
Intempéries, imprévus, SAV___
Total non facturable___

Pour situer, voici l'effet de cette déduction sur l'exemple à 60 000 € de charges :

Jours non facturablesJours facturablesCoût par jourCoût par heure (7 h)
20208288,46 €41,21 €
30198303,03 €43,29 €
40188319,15 €45,59 €
50178337,08 €48,15 €

Un artisan travaillant sur chantiers planifiés se situe plutôt en haut du tableau. Un dépanneur, avec ses trajets permanents et ses interventions courtes, se situe plutôt en bas. L'écart entre les deux dépasse 7 € de l'heure : c'est pourquoi un chiffre unique donné par un site généraliste ne vous sert à rien.

Étape 4 — Obtenir votre coût de revient facturable

Charges annuelles ÷ Jours facturables= 303,03 € par jour

Ce chiffre est votre point mort. En dessous, chaque journée travaillée vous appauvrit, quel que soit votre volume de chantiers.

Notez l'écart avec l'étape 2 : 263 € contre 303 €, soit près de 40 € par jour. Cet écart, c'est le coût de vos jours non facturables — il doit être absorbé par les jours que vous facturez, sinon personne ne le paie.

Étape 5 — Ajouter votre marge

Coût journalier facturable × (1 + taux de marge)

La marge n'est pas un bonus, c'est ce qui finance votre avenir : le remplacement du véhicule, un salarié, une trésorerie de sécurité, les mois creux. Une marge de 10 à 20 % est un minimum raisonnable dans le bâtiment.

Quelle marge selon votre situation

La marge n'est pas la même pour tous, parce que le risque et les besoins de financement ne le sont pas.

Votre situationMarge à viserPourquoi
Micro-entreprise, marché local très concurrentiel10 à 20 %Charges de structure légères, peu d'investissement à financer
Société, métier courant (peinture, plomberie d'entretien)20 à 30 %Il faut financer le renouvellement du matériel et absorber les impayés
Métier technique ou spécialisé (rénovation énergétique, technique pointue)30 à 50 %Compétence rare, responsabilité plus lourde, matériel spécifique
Entreprise avec salarié ou apprenti40 à 60 %Chaque personne productive doit dégager un résultat, pas seulement couvrir son coût

Ces fourchettes sont des repères d'usage, pas une règle. Ce qui compte est la question qu'elles posent : votre marge actuelle vous permettrait-elle de remplacer votre véhicule demain sans emprunter ? Si la réponse est non, elle est trop faible.

Exemple chiffré complet

Prenons un artisan seul, en activité, dans une configuration courante.

Ses charges annuelles

PosteMontant
Rémunération nette + charges sociales42 000 €
Véhicule (leasing, carburant, assurance, entretien)6 000 €
Assurance décennale + RC pro2 400 €
Local / atelier3 600 €
Outillage (amortissement annuel)1 800 €
Téléphone, logiciels, expert-comptable2 400 €
Formation, cotisations, divers1 800 €
Total60 000 €

Son coût journalier de fonctionnement

60 000 € ÷ 228 jours ouvrés= 263,16 € par jour

Chaque jour ouvré où il ne produit pas lui coûte 263 €. Une semaine de congés : 1 316 €. Deux semaines d'arrêt maladie : 2 632 €.

Ses jours facturables

LigneJours
Jours ouvrés dans l'année228 j
− Administratif, devis, facturation− 16 j
− Trajets non facturés− 9 j
− Intempéries, imprévus, SAV− 5 j
= Jours facturables198 j

Son coût de revient

60 000 € ÷ 198 jours= 303,03 € par jour, soit 43,29 € de l'heure

L'écart avec son coût de fonctionnement — 40 € par jour — correspond aux 30 jours qu'il ne facture pas. Ces 30 jours sont payés par les 198 autres.

Son prix de vente selon la marge visée

MargeCoefficientPrix journalierPrix horaire (7 h)
10 %1,10333,33 €47,62 €
15 %1,15348,48 €49,78 €
20 %1,20363,64 €51,95 €
30 %1,30393,94 €56,28 €

Ce que ça change

Cet artisan facture 45 € de l'heure, soit 315 € la journée — un tarif qu'il trouve normal parce que c'est celui de ses concurrents.

Son coût réel est de 303 € par jour. Il dégage donc 12 € de marge par journée, soit moins de 4 %. Autrement dit : il travaille sans aucune sécurité. Une facture impayée, un véhicule à remplacer, trois semaines creuses en janvier, et l'année bascule.

S'il facturait deux heures de moins par jour sans s'en rendre compte — un trajet, un client bavard, une reprise gratuite — il passerait en dessous de son point mort.

À retenir

Il ne s'en rend pas compte parce que sa trésorerie tient : les acomptes des nouveaux chantiers couvrent les dépenses des anciens. C'est le mécanisme classique, et il s'effondre au premier ralentissement d'activité.

Les erreurs les plus fréquentes

Oublier de se payer. Beaucoup calculent leurs charges sans y inclure leur propre rémunération, puis considèrent ce qui reste comme leur salaire. C'est l'inverse : votre rémunération est une charge, pas un solde.

Diviser par la totalité des jours ouvrés. C'est supposer que vous facturez vos samedis de paperasse et vos trajets. Le calcul est juste, mais il repose sur une hypothèse fausse.

Déduire ses congés une seconde fois. Les 228 jours ouvrés les excluent déjà.

Confondre coût de fonctionnement et coût de revient. Le premier dit ce que coûte une journée d'existence, le second ce que doit rapporter une journée facturée. Fixer son prix sur le premier revient à offrir ses jours non facturables.

Confondre coût de revient et prix de vente. Le premier est un constat, le second une décision. Facturer à son coût de revient, c'est travailler gratuitement.

Calculer une fois pour toutes. Vos charges bougent : une assurance qui augmente, un véhicule remplacé, un local plus cher. Un calcul annuel est un minimum, semestriel est mieux.

Copier le prix du concurrent. Vous ne connaissez ni ses charges, ni son volume, ni s'il gagne de l'argent. Vous copiez peut-être une erreur.

Questions fréquentes

Faut-il raisonner en jours ou en heures ?

En jours pour comprendre et décider, en heures pour facturer. Le coût journalier parle immédiatement à un artisan : il sait ce qu'est une journée de chantier. Le taux horaire n'est que la division finale, utile pour chiffrer une intervention courte.

Faut-il facturer les trajets ?

Deux approches valables. Soit vous les facturez explicitement en frais de déplacement, et vous les sortez alors de vos jours non facturables. Soit vous les absorbez dans votre prix, comme dans l'exemple ci-dessus. Ce qui n'est pas viable, c'est de ne faire ni l'un ni l'autre.

Et si mon prix calculé est au-dessus du marché ?

C'est une information, pas un verdict. Soit vos charges sont trop élevées et il faut les réduire, soit vos jours non facturables sont trop nombreux et il faut les réduire, soit le marché local est effectivement en dessous du seuil de rentabilité — et dans ce cas, ceux qui y sont perdent de l'argent sans le savoir.

Ce calcul vaut-il pour une entreprise avec des salariés ?

La méthode est la même, mais elle se fait par personne productive, chacune avec son propre nombre de jours facturables. Un chef d'entreprise qui passe la moitié de son temps en gestion n'a pas le même taux que son compagnon.

À quelle fréquence recalculer ?

Une fois par an au minimum, et à chaque changement significatif : embauche, changement de véhicule, déménagement, forte variation d'activité.

La grille de charges annuelles

Un tableur à remplir : vos charges, vos jours, votre coût de revient calculé automatiquement. Sans inscription.

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Pour aller plus loin

Références

Les montants utilisés en exemple sont ceux d'une entreprise type, construits pour la démonstration.

KelKou calcule votre coût de revient horaire, journalier et mensuel à partir de vos propres chiffres. En savoir plus